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le Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde
LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY, D'OSCAR WILDE
Scénariste(s) : Stanislas GROS, Oscar WILDE
Dessinateur(s) : Stanislas GROS
Éditions : Delcourt
Collection : Ex-Libris
Série : Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde
Année : 2008     Nb. pages : 64
Style(s) narratif(s) : Récit complet
Genre(s) : Fantastique, Récit psychologique, Humour songé, Historique, Adaptation littéraire, Classique
Appréciation : 3 / 6
Jusqu'où peut-on jouir de tout sans en subir les conséquences?
Écrit le vendredi 28 janvier 2011 par PG Luneau

Il y a longtemps que les écrits d’Oscar Wilde m’intriguent. J’ai toujours été amusé par ses mots d’esprits qu’on retrouve un peu partout, et je n’ai jamais pris le temps de lire ses œuvres, ni même le Fantôme de Canterville, une de ses plus connues. Aussi, quand des amis ont choisi de lire le Portrait de Dorian Gray pour leur cercle littéraire, je me suis dit que j’allais profiter de l’occasion pour m’y incruster et pour y parler BD. Comment? En lisant l’adaptation BD de ce roman, que Delcourt a publié il y a peu dans sa belle collection Ex-Libris.

 

Évidemment, loin de moi l’idée de juger l’œuvre d’un auteur aussi illustre en ne lisant qu’un seul de ses ouvrages, qui plus est quand il s’agit (a) d’une adaptation (et b) dans un genre totalement différent, qui demande donc une importante transposition. Suis-je en mesure de dire si l’homme et son œuvre m’intéressent plus qu’avant? Pas vraiment, mais ma curiosité demeure intacte. Chose certaine, monsieur Gros, le bédéiste, semble avoir fait un bon travail de scénarisation. J’ai l’impression qu’il a respecté l’esprit du roman, et qu’il s’est beaucoup documenté sur Wilde lui-même, sur l’époque et sur le style de vie de la bourgeoisie britannique d’alors. Ainsi, les ambiances guindées et la dégaine des personnages offrent un portrait qui me semble assez juste de la haute société victorienne, si chère à Wilde. 

 

Visuellement, on sent que Gros a cherché à intégrer, dans l’élaboration de ses dessins, des éléments picturaux qui rappellent le faste épuré propre à cette époque : la couverture en est un bel exemple, et les explications référenciées, sur les pages de garde arrières, sont fort intéressantes pour nous aider à mieux comprendre les choix esthétiques du bédéiste, choix que Wilde lui-même aurait sans doute entérinés, compte-tenu de l’importance que le beau avait pour lui.

 

Le problème, c’est que monsieur Gros est peut-être doué pour assimiler une documentation précise ou pour disposer de certaines trouvailles visuelles, mais il l’est beaucoup moins pour dessiner des visages. Or, son récit n’est pas un feu roulant d’actions trépidantes ou un enchaînement de décors à couper le souffle : c’en est un essentiellement basé sur les affres psychologiques et les remous qui agitent l’âme d’un personnage central. Et ça m’attriste de le dire, mais les visages sont carrément ratés! J’ai rarement vu des dessins aussi amateurs publiés chez un éditeur aussi réputé! La tête de la jeune lady Monmouth, dans le bas des pages 56 et 58, est probablement la pire de toutes. Moi qui avaist vanté les qualités graphiques des dessinateurs choisis pour illustrer la collection Ex-Libris, dans ma critique des Enfants du capitaine Grant, de Jules Verne, je me dois de me rétracter ici : Delcourt ne fait pas toujours mieux que les autres éditeurs en matière d’adaptation de grands classiques!

 

Pour ce qui est de l’histoire proprement dite, je la résume pour les néophytes qui n’en auraient jamais entendu parler. Elle raconte la vie de Dorian Gray, un très beau jeune dandy à l’esprit fantasque et provocateur. Un jour, le bellâtre reçoit en cadeau un portrait de lui d’une perfection comme on n’en avait jamais vue. Dans un élan de narcissisme, Gray fait le souhait suivant : plutôt que de vieillir et de voir son image corporelle se ternir tandis que le portrait resterait éternellement figé dans sa splendeur, il demande à ce que l’inverse se produise. Ainsi fut fait : son souhait s’est exaucé! Alors que lui garde, d’année en année, son doux visage de charmeur invétéré, sans jamais prendre une ride, le tableau subit les affres du temps mais, surtout, les contres-coups des aberrations morales que son éternelle jeunesse le pousse à faire. C’est que le jeune est très impressionné par les philosophies un peu trop libertaires (et libertines) de lord Wotton, un homme aux idées d’avant-garde. Par défi à la morale, ou simplement par plaisir égoïste, le jeune Gray dresse sa beauté au dessus de toutes les lois et se met à profiter de la vie de manière de plus en plus éhontée, au détriment des gens qui l’entourent. Jusqu’où Gray ira-t-il pour assouvir sa soif de vivre, lui que le malheur n’altère pas? Bien loin, malheureusement, et cocufiages, drogues et meurtres ne seront pas de ses moindres crimes!

 

Un sujet lourd, donc, qui finit évidemment mal, mais qui pousse inévitablement à la réflexion. Malheureusement, si j’ai trouvé un certain intérêt aux questionnements que cette lecture m’a imposés, je n’ai ressenti aucune empathie pour cet être déplaisant au possible et imbu de sa petite (et vile!) personne. Peut-être parce que je n’ai pas bien saisi ses motivations ou les rouages de ses élucubrations, je n’ai pas non plus eu le plaisir de le détester, comme il arrive parfois avec certains antihéros : ça m’aurait peut-être apporté un peu de satisfaction? Mais ici, rien. J’ai lu ce livre sans réel plaisir, avec à peine un soupçon de fascination face à la descente aux enfers du pauvre bougre. J’aurais aimé aimer plus, moi qui suis fin prêt à vénérer Wilde, mais non. Peut-être la lecture du roman m’apporterait des explications plus éclairantes qui satisferaient mon besoin de mieux comprendre? Il n’est pas dit que je ne m’y mettrai pas… mais plus tard, après quelques bonnes BD!!

 

 

Plus grandes forces de cette BD :

 

  • les entrelacs de feuillage qui encadrent l’illustration de la couverture. Ça donne tout de suite un cachet Art nouveau très distingué, tout à fait dans le ton.

 

  • les dessins des premières pages de garde, en effet miroir. Quoique le texte soit d’un intérêt douteux, les dessins et les tonnes de fioritures nous font, ici encore, entrer dans l’univers Art nouveau. Les dames aux chevelures de fleurs rappellent les toiles mordorées de Gustav Klimt, célèbres représentantes de ce courant artistique.

 

  • les traits d’esprit. Qu’est-ce que les formulations de phrases et les richesses des jeux de mots sont sublimes, chez Wilde!! Dès les premières pages, j’ai été charmé par ses mots et son habileté à les faire jongler dans une syntaxe parfaite. Harry, avec ses maximes impayables (du genre : «Je peux croire n’importe quoi, pourvu que ce soit incroyable!»), n’a pas arrêté de me rappeler ce que j’apprécie le plus chez Wilde : sa finesse d’esprit.

 

  • le personnage de Henry Wotton, alias Harry, qui est en quelque sorte le mentor de Dorian. Avec ses sentences toute faites et son arrogance hautaine, il m’a bien fait rire… Probablement parce que je ne l’ai jamais pris au sérieux, ou plutôt que je n’ai jamais senti qu’IL se prenait au sérieux.

 

  • les vignettes au bas des pages impaires, qui constituent un genre de petit flip-book. Vous connaissez ces dessins situés dans les coins de pages et qui se mettent à s’animer quand on fait défiler rapidement les coins du bouquin avec notre pouce? On en retrouvait dans les petits albums de BD carrés, en papier journal, comme les Pif-Poche ou les Placid et Muzo-Poche, dans mon jeune temps. Que de plaisir j’ai eu à voir Pif et Hercule faire du trampoline et se casser la gueule!  Dans le cas qui nous intéresse, c’est à la dégradation du tableau qu’on assiste, tout au long du récit. Le visage du beau Dorian de même que son corps tout entier et la rose qui est à ses côtés se désagrègent peu à peu, au rythme des coups bas, des crimes et de la dépravation du prétentieux personnage. Ce procédé très ingénieux est fort à propos, même s’il est moyennement bien exécuté.

 

  • les informations contenues dans les pages de garde arrières. Elles nous renseignent sur les à-côtés du récit, ses acteurs, son époque… ainsi que sur certains choix que monsieur Gros a faits, pour son scénario ou ses dessins.

 

  • la cartouche du quatrième de couverture, qui nous présente une mini-biographie du fameux poète. Standard sur tous les tomes de cette collection, elle nous instruit minimalement sur l’auteur original et assure une unité graphique avec le reste de la collection.

 

 

Ce qui m’a le plus agacé :

 

  • le long texte des premières pages de garde. Même s’il s’agit apparemment du manifeste d’Oscar Wilde sur l’esthétisme, et qu’il m’a un peu permis de me familiariser avec le bonhomme, je l’ai trouvé long et aride, surtout lancé tout de go, comme ça, avant même la page de titre!!

 

  • la typographie. Tout du long, les «d» avaient l’air de «b», et ça m’a royalement agacé! Je ne m’y suis jamais habitué! Essayez bonc, pour voir : c’est bien plus bifficile qu’on peut le penser be rester concentré sur un bocument écrit, sans être constamment bérangé ou bistrait par une lettre mal bactylographiée qui nous empêche be le comprenbre!

 

  • les dessins. Quand j’ai vanté la qualité graphique que Delcourt imposait à sa collection Ex-Libris, j’aurais dû ajouter le mot «habituellement», car ici, ce n’est réellement pas le cas. C’est même souvent littéralement raté!! J’ai déjà parlé, plus haut, de l’horrible tête disproportionnée de lady Monmouth. Le portrait d’Oscar Wilde, sur le quatrième de couverture, en est un autre exemple, de même que les horribles invités à moitié nus de la pseudo «soirée aztèque» que Gray organise pour y sacrifier une jeune femme (juste pour le «kick»!). Je n’ai jamais vu une telle concentration d’erreurs de proportions corporelles que dans ces deux seules planches, pages 42 et 43! C’est très malhabile, et déplorable!

 

  • Dorian, le personnage central du récit!! Quel être abject! Évidemment, c’est le nœud même du récit : qu’un être se laisse emporter par le fait que sa laideur morale et son vieillissement physique n’apparaissent plus sur son visage. Ce personnage me rappelle celui de Demian, d’Hermann Hesse. Ce jeune homme testait ses limites en sombrant dans tous les excès. Il le faisait tout aussi consciemment que Dorian, mais il en revenait, une fois ses marques faites! J’ai lu ce roman il y a plus de vingt-cinq ans, mais je n’ai pas souvenir d’avoir détesté ce jeune homme. Dans le cas de Gray, je n’ai ressenti aucune compassion pour lui, pas une once. Il me semble n’être qu’un enfant gâté qui continue de se croire tout permis. Je ne l’ai pas apprécié. Il faut dire qu’on n’a aucune indication sur son passé, ce qui aurait peut-être pu nous aider à expliquer son comportement.

 

  • un oubli notable. La première vignette de la page 46 laisse voir Dorian en train d’halluciner dans la fumerie d’opium qu’il fréquente depuis peu. Mais contrairement à la page 60, où le nuage de fumée verte qu’il exhale est rempli d’images et de paroles confuses, celui de la page 46, très grand, est intensément… vide!! J’ai la nette impression qu’il aurait dû y avoir là d’autres images angoissantes. Sinon, ce grand espace verdâtre est totalement inutile!!

 

  • le propos. Je n’arrive pas à situer le penchant d’Oscar Wilde dans tout ça. Ça donne  l’impression qu’il désapprouve son héros. Pourtant, tous les arguments de ce dernier ou de lord Wotton sont directement extraits de la «théorie de l’esthétisme» rédigée par Wilde lui-même et à laquelle il semblait tenir plus que tout au monde! Donc, comment s’y retrouver?? C’est vrai que Wilde n’en serait pas à un paradoxe près!!

 

 


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@ Hathaway : Si ce roman et cet auteur te passionnent tant, je te conseillerais de d'abord l'emprunter à la bibli plutôt que de te le commander : il y a trop de risques de déceptions (les dessins, la transposition...) pour investir sans jauger d'abord! De toutes façons, si, suite à ta lecture, tu transfères ta pamoison pour l'auteur sur cet album, il te sera alors toujours possible d'assouvir ta passion en l'achetant! ;-) Pour ma part, je suis plutôt déçu.
Rédigé par PG Luneau le jeudi 24 février 2011 à 17:57


Je porte Wilde dans mon cœur et j'adore Le portrait de Dorian Gray. Et là, j'apprends qu'il en existe une adaptation en BD... Tu m'intrigues, j'ai bien envie de voir ce que peut donner ce chef d'œuvre de la littérature en dessins... Par contre ton bémol concernant les visages calme un peu mon envie...
Rédigé par hathaway le jeudi 24 février 2011 à 4:45


Bon alors je retiendrai ton conseil! Comme tu vois, je n'avais fais que survoler!
Rédigé par Allie le lundi 31 janvier 2011 à 9:40


@ Allie: En fait, profite du roman et du film à fond!!! Ensuite, si tu ne veux pas être trop déçue, contente-toi de lire ma critique à fond... puis laisse faire la BD!! Je crois que dans ta situation, c'est ce que tu as de mieux à faire! ;-)
Rédigé par PG Luneau le dimanche 30 janvier 2011 à 23:00


Je ne fais que survoler ton billet, parce que je veux découvrir d'abord le roman, ensuite le film et après, je lirai peut-être la bd!
Rédigé par Allie le dimanche 30 janvier 2011 à 20:37


@ Philippe: Mon très cher ami, ce tout petit commentaire ne fait que me confirmer que j'ai manqué une super discussion!! J'aurais tant aimé être des vôtres et assister au choc de vos perceptions!! Toutefois, vous pouvez être sûr que je vous montrerai l'album en question lors de la prochaine rencontre du cercle qui, ma foi, devrait avoir lieu chez moi!! Vous serez tous à même de voir ce que monsieur Stanislas Gros a vu, lui, en lisant le même livre que vous... même si ses dessins sont, au final, vraiment très pauvres!! On s'en reparle!
Rédigé par PG Luneau le dimanche 30 janvier 2011 à 18:13


Bonjour.
Je suis un de ces amis de Pierre qui ont lu le roman. Je lui ai donnée 7.5 sur 10 pour plusieurs raisons. D'abord sa thématique universelle très intéressante autant au 19ème qu'au 20 et 21 siècle : que vaut la beauté et la jeunesse en regard de la vie. Vaut-il mieux jouir que chercher du sens? Ce roman a été vilipendé en raison de son immoralité et pourtant n'est-il pas livre plus moral? Comme beaucoup de mes amis j'ai appris à aimer détester Lord Wotton, dont Gray devient le cobaye. Je ne cherchais pas à m'attacher ou détester ce denier, simplement le voir évoluer suffisait à maintenir mon intérêt. En fait, je n'aurais pas voulu qu'une BD crée des images pour moi . Le récit suffisait bien en lui même à m'imaginer les exactions de Gray, les bas-fonds de Londres et les difformités du portrait. Bref, un roman efficace tant sur le fonds que la forme.
Philippe
Rédigé par Philippe Lavigueur le dimanche 30 janvier 2011 à 16:48




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