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#01- Château l'Attente
#01- CHÂTEAU L'ATTENTE
Scénariste(s) : Linda MEDLEY
Dessinateur(s) : Linda MEDLEY
Éditions : Çà et là
Collection : X
Série : Château l'Attente
Année : 2007     Nb. pages : 460
Style(s) narratif(s) : Roman graphique
Genre(s) : Aventure fantaisiste, Héros animalier, Quotidien, Conte réinventé
Appréciation : 5 / 6
Qu'il fait bon y attendre!
Écrit le dimanche 19 décembre 2010 par PG Luneau

Il était une fois le château de Putney. C’est un château que nous connaissons tous un peu puisqu’il s’agit de celui où la Belle au bois dormant a grandi, et où elle dormit tout un siècle durant. Mais elle n’y resta pas bien longtemps après son réveil puisqu’elle s’éclipsa, vite fait, bien fait, avec son beau Prince charmant, en plantant là tous les autres habitants qui avaient, eux aussi, subi le charme de la sorcière. Vous êtes-vous déjà demandé ce qui était advenu de ce château?? Non?!! Et bien Linda Medley, elle, se l’est demandé… au point de s’y pencher et d’y plancher pendant 460 planches!!!

 

Quelle étrange idée que de s’attarder au devenir d’un château de conte!! Ça fait pourtant un excellent cadre pour un récit fantastique! Comment se fait-il que personne d’autre n’y ait pensé? Sûrement parce que seule madame Medley a l’imagination nécessaire pour garnir ce lieu de personnages aussi hétéroclites au passé aussi original!

 

Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de récit, quand j’ai entamé la lecture de ce gros bouquin en noir et blanc. J’avais cru comprendre qu’il allait exposer ce qui s’était passé au cours des cent ans de sommeil de la Belle. C’était oublier un élément important : il ne s’y est rien passé puisque le charme de sommeil s’était étendu à tous les gens du château!!!

 

Pourtant, les premiers chapitres nous racontent effectivement le classique récit de cette princesse qui reçoit tous les dons possibles et imaginables de la part de ses douze marraines-fées… mais qui subira le châtiment de la treizième, la méchante, celle qu’on avait omis (volontairement) d’inviter. Mais, dès la page 55, la Belle est réveillée et, dès la page 58, elle quitte les lieux sur le destrier de son nouvel amoureux, sous le regard ébahi de tous les habitants du château nouvellement réveillés eux aussi. «Que se passera-t-il donc dans les 400 pages qui restent?» est en droit de se demander le lecteur!

 

Et bien apprenez, mes petits amis, que l’auteure nous ballote alors une ellipse d’une soixantaine d’années!!! Des habitants du château, seules les trois jeunes demoiselles de compagnie de la Belle, abandonnées sans vergogne par cette ingrate princesse, demeurent encore au château. Celui-ci est depuis longtemps à peu près abandonné, sauf par une dizaine de marginaux qui n’ont pas eu peur d’y trouver refuge. Le récit reprend donc avec l’arrivée d’une pauvre fille enceinte, une jeune seigneuresse qui vient de fuir la violence de son époux et de traverser le pays en entier pour trouver asile dans ce château reculé, rebaptisé Château l’Attente. Dame Jaine, la future maman, est donc prise en charge par Dinah, la cuisinière, et Rackham Ciconius, l’intendant. Elle fera la connaissance des autres habitants, dont le mystérieux docteur Fell, le triste forgeron Henry de Fer, le touchant mais peu brillant Simon et la toujours pimpante sœur Paix. En somme, elle mettra son étrange enfant au monde entourée de ces gens qu’on peut deviner éclopés, mais que l’amitié a su unir en un genre de famille.

 

Amateurs de sensations fortes, abstenez-vous!! En effets, c’est à travers une succession de petits tracas ménagers ou administratifs que les chapitres s’égraineront. On est à cent lieues des hauts faits des chansons de geste ou des scènes d’action trépidantes! D’ailleurs, on pourrait même avoir l’impression, parfois, que l’auteure ne sait pas trop où elle s’en va, tantôt en nous faisant suivre Chess, le cheval chevalier, et Ciconius qui vont faire des achats en ville, tantôt nous racontant la jeunesse de la très énergique sœur Paix. Mais j’ai littéralement adoré cette errance sans but réel dans le quotidien de ces personnages irréels. C’est parfois surréaliste (avec le bébé qui a une queue et un museau ou les korrigans et autres génies malins qui s’amusent à tracasser tout le monde), mais j’ai beaucoup aimé!... Et je dirais que c’est très certainement dû à la très grande originalité des propos autant qu’aux dessins.

 

Ah!! Les dessins! Ils font très «américains». Ça tombe bien, c’est la nationalité de leur créatrice!! Certains visages ou expressions me rappelaient un peu les Archie et les Jughead de mon enfance… mais en mieux, bien sûr! D’autres fois, par le noir et blanc et la pureté des traits souples de madame Medley (mais en faisant abstraction de son côté beaucoup plus cartoonesque), je retrouvais le style plus réaliste d’Eric Shanower, dessinateur du génialissime Âge de bronze!! En somme, on sent quelque chose de plus américain dans les regards, et c’est très bien.

 

Un excellent roman graphique, donc, que je recommande à tout le monde, malgré le déséquilibre flagrant dans l’unité des différents épisodes. Le tome #2 est paru aux États-Unis en 2010… Mon souhait pour la Nouvelle Année? : «Madame la traductrice, s’il-vous-plait, dépêchez-vous de faire votre boulot : je m’ennuie déjà de la compagnie de cette sympathique bande d’étranges individus!»

 

 

Plus grandes forces de cette BD :

 

  • l’objet-livre. C’est une belle petite brique que ce bouquin de 460 pages! La reliure, avec signet intégré, y est sobre et solide, et cadre bien avec le thème. Sa pellicule en est toute satinée et l’illustration y est en couleurs terreuses (c’est la seule de l’album à avoir été colorisée, d’ailleurs, et ça fait curieux : c’est à peine si je reconnaissais les personnages!!). 

 

  • les dessins. Lorsque j’ai feuilleté ce livre, à la bibliothèque, c’est d’abord avec les dessins que je suis tombé amoureux. Les beaux traits clairs et limpides de madame Medley, très «ligne claire», sont harmonieux et agréables à l’œil. De plus, le fait que tout le récit soit en noir et blanc accentue la pureté des dessins : pour une fois, j’aime ça!

 

  • l’originalité des personnages, en général. Habituellement, je n’apprécie pas trop quand des personnages zoomorphes côtoient des humains normaux : je préfère généralement l’unité, quand tout le monde a sa tête animale (comme dans Blacksad, Pitchi poï, ou le tout récent l’Épée d’Ardenois) ou que tout le monde est humain. Ici, le mélange des genres trouve un certain sens, quoiqu’il n’est pas très homogène (voir plus bas). Le sir Ciconius, avec sa tête de cigogne (et ses minuscules oreilles!) a un look d’enfer, très dandy, qui cadre bien avec sa fonction d’intendant du château. Dommage qu’il ne soit pas plus exploité. Mes préférences vont toutefois pour ce cher Sir Chess, un chevaleresque chevalier à tête de… cheval!! Il semble incarner la bonté pure, tout en restant bon vivant. Du côté des humains, j’ai un faible pour l’austère forgeron, qu’un drame antérieur a plongé dans un mutisme presque complet, et pour Simon, le fils de Dinah, qui fait office de «petit pas-vite» de service : il est touchant tout plein!

 

  • l’ambiance conte de fée, les rouages classiques en moins. En fait, Linda Medley a voulu explorer ce qui se passe suite au sempiternel «Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants». Donc, les péripéties sont finies, on est maintenant dans la banalité du quotidien… Mais c’est fascinant à quel point l’auteure nous rend ce banal quotidien intéressant!! Évidemment, le mot banal est à prendre ici dans le contexte d’un univers féérique : il reste que de petits esprits malins viennent chatouiller le bébé à museau et qu’un espiègle esprit de l’eau n’a de cesse de créer des inondations et des fuites! Mais en général, les suspenses sont bien minces. Ça tourne autour de : «Qui est cet étranger qui approche du château, tout encapuchonné??». On est loin de Die hard VI ! Et pourtant, j’ai toujours pris plaisir à retrouver ces charmants personnages, soir après soir, chapitre après chapitre. Je me suis attaché à leur vécu et à leurs petits tracas quotidiens. C’est sans doute que Linda Medley a le chic pour recréer l’ambiance magique et fantaisiste des contes de notre enfance.

 

  • les deux cents dernières pages. À partir de la seconde moitié du tome, Dame Jaine demande à l’étrange sœur Paix de lui raconter son histoire. C’est avec un plaisir sans cesse grandissant que j’apprenais, en même temps que Jaine, l’étonnant parcours de cette femme surprenante, qui a fini par fuir le cirque où elle travaillait pour se réfugier dans l’abbaye de la Congrégation des Sollicitines, où chaque religieuse est une femme… à barbe!! Je sais : ça a l’air absurde et grotesque, mais c’est si bien expliqué et narré qu’on y croit à cent pour cent. Que d’imagination! Que d’originalité! Madame Medley en profite même pour y insérer des pointes de féminisme fort bien amenées, qui surprennent dans cet univers encore très machiste du Moyen-âge, même fantaisiste. Suivre l’évolution de ce personnage de religieuse à barbe, que je ne trouvais pas vraiment intéressant au départ, m’a tellement ravi que j’espère maintenant qu’on aura droit au même traitement pour tous les autres membres du château! D’où vient Sir Chess? Et Rackham, la cigogne? Le médecin masqué? Qui est le père de Simon et qu’est-il devenu? Et aurons-nous droit, un jour, aux détails des tragiques histoires du forgeron si taciturne et de la belle Jaine qui a fuit son époux violent, enceinte jusqu’aux yeux? Ce serait là autant de pistes à développer pour le tome #2!!

 

 

Ce qui m’a le plus agacé :

 

  • l’intro, qui raconte l’histoire de la Belle au bois dormant. Pourquoi avoir instauré ce préambule si aucun des personnages n’a plus rapport dans l’histoire, exception faite de Patience, Prudence et Abondance, qui figuraient comme demoiselles de compagnie auprès de la Belle avant son sommeil… et qui restent presque des figurantes de troisième ordre dans tout le reste du récit? Je m’attendais toujours à ce que certains des personnages reviennent au château et revendiquent des trucs, ce qui aurait mis du piquant… Mais non!!

 

  • le manque de constance dans la narration. Par exemple, la présence de personnages animaliers : on retrouve, dès la page 5, un intéressant plan d’ensemble du village de Putney, avec une taupe notable et un petit renardeau sur deux pattes qui joue dans la rue avec un jeune gamin. Puis, pendant cinquante planches, tout au long du récit de la Belle au bois dormant, plus rien! Que des humains normaux (plus quelques démons et une manticore, mais ça ne compte pas!). Ce n’est qu’à la page 61 que Rackham fait son entrée, puis on revient avec l’idée du mélange d’humains et de personnages à tête d’animal, phénomène apparemment perçu comme allant tout à fait de soi. Autres exemples de déséquilibre? La prémisse de la Belle au bois dormant, tellement décousue du reste, de même que le très long (bien que fort intéressant) récit de sœur Paix, qui fait près de la moitié de l’album, mais que rien n’annonçait. Ça donne l’impression que Linda Medley travaille sans filet, c’est-à-dire sans scénario à long terme bien défini, se laissant porter par l’inspiration du moment. Ça assure peut-être une certaine fraîcheur, mais on remarque ce manque de suivi dans la continuité. C’est vrai que c’est assez fréquent chez tous les comic books américains, qui fonctionnent par successions de feuilletons!

 

  • le manque de caractère de certains personnages. Il me semble que Ciconius avait tout, graphiquement, pour devenir un personnage mémorable. Pourtant, cette cigogne mâle est fort peu exploitée. Par moment, elle est si effacée et fade qu’elle ne se démarque en rien d’un figurant! Quelques autres personnages sont aussi sous-exploités, comme le docteur ou Dinah.

 

  • les nombreux non-dits. D’où vient Dame Jaine, exactement? Cache-t-elle réellement un secret quand à son histoire personnelle, comme Chess semble le croire en la voyant? Le père de son bébé serait-il vraiment le Marquis de Carabas, ce qui expliquerait pourquoi le petit possède une queue et un mignon petit museau? Saurons-nous un jour la vérité sur tout cela? Voilà quelques unes des questions que je me pose suite à ce récit. Et on ne peut pas dire que c’est parce que madame Medley n’a pas eu assez de pages pour nous expliquer tout ça : 460 !!! Heureusement, il semblerait que c’est dans ses projets de nous exposer le passé de ses personnages au fil des tomes à venir. Chic!

 

  • l’apparence de conte réinventé ou de mélange de personnages de contes, alors que ce n’est pas vraiment cela. Je m’attendais, un peu comme dans le comic book Fables, à retrouver Pinocchio qui courtise Bouton d’or ou Rapunzel qui se cherche un coiffeur. C’est à peine si on y croise les Trois petits cochons et la poule aux œufs d’or, en figuration! Et si on y traverse Brême durant son festival musical, il n’y a aucune trace de l’âne, du chien, du chat ou du coq! C’est comme si Linda Medley tournait autour de l’univers des contes au lieu de nous plonger dedans. Ça m’a un peu déstabilisé, au début, mais une fois qu’on est prévenus, c’est quand même satisfaisant!

 

 


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@ Jérôme : Wow!! Merci pour ce scoop!! Je savais qu'un tome #2 était paru aux États-Unis, mais je ne savais pas quand il allait être traduit!! Et tu dis que c'est Delcourt qui s'y colle???!! Étonnant, compte-tenu que c'était les éditions Çà & là qui avaient fait paraître le premier tome!!?
Rédigé par PG Luneau le jeudi 22 septembre 2011 à 16:13


Je n'ai jamais osé franchir le pas avec ce titre. Trop épais, une narration finalement inégale, bref, une sorte de diamant un peu mal taillé qui aurait sans doute mérité d'être "élagué" d'une bonne centaine de pages pour y gagner en cohérence.
Sinon pour la suite, l'attente ne devrait pas être trop longue puisque Delcourt l'annonce pour le 16 novembre en France. 384 pages en noir et blanc, encore un joli petiti pavé.
Rédigé par jerome le jeudi 22 septembre 2011 à 1:03


@ Noukette: À n'en point douter! C'est du bonbon! Ça se laisse lire comme du petit lait... Euh... Enfin, tu comprends ce que je veux dire!! (Après tout, si on peut boire les paroles de quelqu'un, on peut peut-être aussi lire son lait??!!)
Rédigé par PG Luneau le mercredi 05 janvier 2011 à 19:53


Ce pavé est dans ma PAL depuis un petit moment ! Il faut vraiment que je trouves le temps de m'y plonger ! ;-)
Rédigé par Noukette le mercredi 05 janvier 2011 à 17:41




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